Les personnes atteintes d'hypermétropie distinguent les objets éloignés plus nette-ment que les objets rapprochés, car la vision de près des hypermétropes est trouble et imprécise. L’hypermétrope peut voir les feuilles d'un arbre d’une certaine distance plus clairement que les lettres d'un livre qu’il tient entre ses mains.
L'histoire a tendance à être un sujet hypermétropique! Il est plus facile d'évaluer le passé lointain que le passé récent. Après 1 700 ans, il va de soi que l'édit de Milan de Constantin en l'an 313 fut un événement capital dans l'histoire de l'Église. Mais avait-il une telle importance en l’an 315? Ce n'est qu’avec le temps que nous pouvons pleinement évaluer l'envergure des événements.
Cette situation rend l'histoire de l'Église au 20e siècle plus difficile à étudier. On ignore complètement les événements du 20e siècle qui seront plus déterminants sur l’avenir de l’Église. Certains faits importants à présent pourraient bien ne pas l’être pour un observateur du vingt-troisième siècle.
Date (A.D.)
Événement
1910
Conférence missionnaire d'Édimbourg
1934
Établissement des traducteurs de la Bible Wycliffe
1941
Fondation de l'Association nationale des évangéliques
1947
Découverte des manuscrits de la mer Morte
1949
Les croisades de Billy Graham commencent
1978-1988
Conseil international sur l'inerrance biblique
L’histoire de l'Église se révèle bien plus cohérente et transparente avec le temps. Par exemple, un historien écrivant sur l'Église en 1430 aurait bien pu produire quelque chose de similaire à ce qui suit:
John Wycliffe voulait avoir une reforme au sein de l'Église anglicane. Il tâchait de traduire la Bible en anglais pour que les laïcs puissent la lire et l’interpréter par eux-mêmes, et il dénonçait les rituels vides empruntés à l'Église catholique romaine. Mais il n’a pas pu aboutir à grand chose. Il est décédé avant la fin de la traduction. Ses écrits ont été frappés d’interdit et le concile de Constance l'a condamné comme hérétique. Seule une poignée de prédicateurs ambulants continuent à enseigner ses doctrines. Wycliffe était quelqu’un de bien, mais il n'a pas réussi à atteindre son objectif.
Un historien du XVIe siècle considérerait Wycliffe différemment. Son œuvre mettrait en évidence l'influence de Wycliffe sur William Tyndale:
John Wycliffe était un dirigeant d'église de grande inspiration. Bien qu’il fût mort avant l’achèvement de sa traduction, des hommes comme les Lollard et William Tyndale reprirent et propagèrent ses idées. Il va de soi que l’influence de Wycliffe au sein de l’Église persiste encore.
Un historien de l’Église vivant au 20e siècle considérerait Wycliffe à la lumière de la Réforme:
John Wycliffe était l’«étoile du matin de la Réforme». Il est mort prématu-rément, avant même de terminer sa traduction de la Bible en anglais, mais il a été le modèle de William Tyndale qui a pu achever une traduction de la Bible en anglais moderne. Des réformateurs tels que Martin Luther ont été inspirés par son exemple. Très peu de gens ont eu un impact aussi significatif sur l'histoire de l'église que John Wycliffe.
Il faut donc du temps pour évaluer la portée de certains événements historiques. La présente leçon se porte sur certains événements qui apparemment ont influencé le cours de l’histoire de l’Église. Ces événements soulignés illustrent certaines des tendances de l'église contemporaine. Mais ils pourront bien paraitre à l’avenir insi-gnifiants à la lumière d’autres événements non mentionnés dans ce chapitre.
Le 20e siècle étaient une ère de grandes mutations pour l’Église. Théologiquement, le modernisme et le fondamentalisme ont provoqué des changements au sein de l’Église. Si le sécularisme et l’apostasie doctrinale montaient en puissance durant cette époque, l’influence des évangéliques s’intensifiait dans de nombreuses régions du monde. La croissance de l'Église dans le reste du monde modifia littéralement la carte géographique du monde chrétien. Le christianisme cessait d’être une religion principalement européenne ou américaine pour devenir une religion dont la majo-rité des adeptes occupe les territoires situés au sud ou à l’est des anciens foyers de la religion chrétienne.
L'impact de la théologie libérale sur l'Église du vingtième siècle
Après une prise de connaissance du mouvement missionnaire et des multiples réveils survenus au début du XIXe siècle, un étudiant pourrait déduire que l’avenir de l’église serait plus que splendide. Malheureusement, vers le milieu du XIXe siècle, deux hommes ont lancé des attaques qui allaient saper la foi de nombreux croyants. Charles Darwin, un scientifique, et Julius Wellhausen, un érudit biblique, ont émit des théories qui niaient la vérité des Écritures.
La théorie de l'évolution de Darwin et la «Haute critique» de Wellhausen ont détruit la confiance de plus d’un en la fiabilité des Écritures. Ce fut l’origine du modernisme à la fin du XIXe et au début du siècle suivant. L'histoire de l'Église du vingtième siècle est faite de conflits entre les théologiens modernistes et les évangéliques. Cette leçon examine les principales tendances théologiques qui ont influencé l’Église du XXe siècle.
Le libéralisme
À la fin du XIXe siècle, l’épanouissement de deux courants philosophiques ont provoqué l’émergence du libéralisme au sein de l'église:
En 1859, dans L'origine des espèces, Charles Darwin développe la théorie de l'évolution. S'appuyant sur les hypothèses des Lumières exposées à la onzi-ème leçon, cette théorie proposait une explication pour l’origine de la vie dans laquelle Dieu n’était nullement nécessaire. Darwin et ses partisans ont soutenu que la vie s’est développée à partir de la matière inorganique soumise à un processus guidé par la sélection naturelle durant des millions d'années. Cette théorie a nié le récit de la création de Genèse 1-2. Pour les pasteurs qui ont accepté cette théorie, la Genèse n'était plus un récit faisant autorité en ce qui concerne l’origine de la vie et du monde.
Les tenants de la «Haute critique» allemande tels que Julius Wellhausen (1844-1918), ont affirmé que la religion s’est graduellement évoluée pour aboutir au monothéisme biblique. Wellhausen a rejeté l’idée que Moïse a écrit les cinq livres du Pentateuque. Il a fait valoir qu'une grande partie de la Bible avait été écrite par des auteurs vivant à une date ultérieure aux auteurs allé-gués dans les Écritures. À l’instar de la théorie de l'évolution, les pensées de Wellhausen ont sapé la foi en l'autorité des Écritures. Finalement, les critiques libéraux ont nié les miracles de la Bible, la nécessité de la mort expiatoire de Christ et même la divinité de Jésus-Christ.
Les pasteurs qui ont accepté ces théories ne pouvaient plus se référer à la Bible comme la Parole inspirée et infaillible de Dieu. Au lieu de cela, ils se sont retrouvés avec un livre faillible compilé par des auteurs faillibles. Et en fin de compte, les pasteurs formés dans les séminaires libéraux ont diffusé ces idées fausses auprès des laïcs dans de nombreuses églises.
Alors que le darwinisme et la Haute critique allemande se propageaient dans les séminaires de formation des pasteurs, les théologiens libéraux ont abandonné la vérité biblique et ont proposé un «évangile social» qui répond aux besoins de la société mais qui ignore les questions spirituelles. L'action sociale a remplacé la dimension spirituelle de l'évangile. Des hommes comme Walter Rauschenbusch ont enseigné que le royaume de Dieu signifiait l’anéantissement du capitalisme et l’universalisation du socialisme.
De nombreux pasteurs libéraux ont enseigné l'universalisme- que Dieu en tant que le bon «Père aimant de toute l'humanité» n'enverrait jamais les hommes en enfer- et l'humanisme- doctrine affirmant que l'homme est essentiellement bon. Adolph von Harnack, un théologien libéral de premier plan au début du 20e siècle, a défini l'essence du christianisme en tant que «la paternité universelle de Dieu, la frater-nité universelle de l’homme et la valeur infinie de l’âme». La théologie libérale a soutenu l’idée que l’humanité progresse continuellement vers la perfection finale.
En réponse, certains chrétiens conservateurs tels que D. L. Moody évitaient tout débat théologique. Moody eut à écrire: «Le monde est un navire sur le point d’être sombré. Dieu m'a donné une embarcation de sauvetage et m'a dit: «Sauvez tout ce que vous pouvez.» Il évitait toutes discussions portant sur la théologie moderne. De même que les piétistes du dix-septième siècle, ces chrétiens résolurent de prêcher la Bible et d'éviter les débats des théologiens libéraux.
D'autres chrétiens conservateurs acceptaient de relancer le débat académique pour réfuter le libéralisme. À la fin du XIXe siècle, Charles Hodge et B. B. Warfield orga-nisèrent une conférence à Niagara pour discuter des principes fondamentaux de l'orthodoxie biblique. Après la tenue de cette conférence, une série d'essais furent publiés entre 1910 et 1915 sur cinq «principes fondamentaux» de la foi:
L'inspiration et l'inerrance de la Bible
La divinité de Jésus-Christ
La naissance virginale de Jésus-Christ
La mort substitutive de Jésus-Christ
La résurrection physique et le retour en personne de Christ sur la terre
Les débats entre les deux parties (libéralisme et fondamentalisme) se sont pour-suivis jusqu'au début du 20e siècle. Mais dès 1914, la théologie libérale avait déjà impacté les principales dénominations protestantes.
Harry Emerson Fosdick, l’un des pasteurs promoteur du libéralisme, avait défini son objectif. Lequel est de permettre au croyant «d'être à la fois un chrétien sérieux, intelligent et moderne».[1] Fosdick attaquait l'enseignement des fondamentalistes dans ses sermons, insistant sur le fait que la Bible contient des erreurs, que la doctrine de la naissance virginale est désuète et celle de la seconde venue en personne de Jésus absurde. Pour Fosdick la prédication n’est pas plus qu’«une sorte de thérapie de groupe». Il n’était plus question pour les théologiens libéraux de s’appuyer sur l'Évangile qui transforme la vie du pécheur pour le rendre saint.
À l'instar des gnostiques de l'église primitive et des hérétiques des siècles d’après, les théologiens libéraux ont cru qu'ils devaient changer l'Évangile pour mieux l'adapter à leur environnement. Mais l'évangile n'a nullement besoin de présenter des excuses.
Pour Richard Niebuhr, le libéralisme avait complètement échoué car il prêchait «un Dieu libre de toute colère qui amenait des hommes sans péché dans un royaume sans jugement par l’intermédiaire d’un Christ sans la croix».[2] Une telle conception est très éloignée de l'évangile du Nouveau Testament. En 1914, l'église institution-nelle avait besoin d’un renouveau.
Théologie libérale
Théologie évangélique
La Bible est une compilation de l’homme faillible retraçant l’évolution de son sen-timent religieux à travers le temps.
La Bible est divinement inspirée et constitue une révélation faisant autorité découlant de Dieu et de sa nature.
L'homme est fondamentalement bon. Il ne devient pécheur que parce qu'il est influencé par son environnement.
L'homme est pécheur par nature. Tout être humain a besoin d'être racheté par la mort expiatoire de Jésus-Christ.
Jésus était un homme bon qui a laissé un exemple de moralité à l’humanité.
Jésus-Christ est le Fils de Dieu qui est mort pour le péché de l'homme et qui a vaincu la mort lors de la résurrection. Il est la seule réponse au besoin de rédemption de l'homme.
La mission première de l'église est de promouvoir la justice sociale et la réforme de la société.
La mission première de l'église est l'évangélisation et la transformation du cœur de l’homme.
La néo-orthodoxie
On entend par orthodoxie toute «doctrine conforme à la vérité» ou qui soit fidèle à l'Écriture. Pendant que le libéralisme perdait du terrain, Karl Barth (1886-1968), Emil Brunner (1889-1966) et leurs disciples ont proposé la néo-orthodoxie, une sorte de «nouvelle orthodoxie», en vue de rester fidèles aux enseignements fonda-mentaux de la Bible tout en acceptant les allégations de la Haute critique.
Barth était un adepte de la théologie libérale jusqu'à ce qu'il devienne pasteur. Il fit le constat que la théologie libérale ne pouvait répondre aux questions les plus bru-lantes des membres de son église locale. Sur ce, il abandonna certaines idées du libéralisme pour revenir à la théologie orthodoxe. Contrairement aux théologiens libéraux, Barth admettait l’existence du péché chez l'homme et la transcendance de Dieu.
Cependant, Barth et ses disciples n’ont pas divorcé avec les points de vus libérales qui niaient l’inerrance des Ecritures. Les théologiens néo-orthodoxes affirment que les miracles de la Bible ne sont pas des événements tout à fait historiques mais des «mythes» destinés à enseigner des vérités spirituelles. Pour ces théologiens, la vérité historique et la vérité spirituelle étaient deux choses inconciliables.
Les théologiens néo-orthodoxes affirment que la Bible «contient» la Parole de Dieu, mais qu'elle n'est véritablement inspirée que lorsque le Saint-Esprit la communique au lecteur. Ils confondent donc le ministère d'illumination de l'Esprit dans l’esprit du lecteur avec son ministère d'inspiration dans le passé à travers les auteurs sacrés.
La théologie de la libération
Des théologiens radicaux de la fin du XXe siècle ont nié des doctrines essentielles à la foi chrétienne, parvenant même à insinué que Dieu n’est plus une nécessité pour le monde moderne. «À l'homme moderne, Dieu est mort.», disaient-ils.
Le courant de théologie radicale la plus influente était la théologie de la libération. Celle-ci s'émergea dans l’optique de lénifier la misère des pauvres et des opprimés et était très populaire en Amérique latine. Mais cette théologie se concentre sur l’effort de l’homme plutôt que sur la transcendance de Dieu, et s’inscrit dans la lignée des marxistes dans sa vision de l'histoire humaine. À l’instar de la théologie libérale, la théologie de la libération se repose sur l’intervention humaine pour résoudre les problèmes de l'homme. Elle minimise le salut par la foi en la mort expiatoire de Jésus-Christ au profit des efforts humains et des programmes sociaux d’une humanité qui doit se sauver elle-même.
La laïcisation de la société
Un autre facteur ayant affecté l'église à la fin du XIXe siècle fut l’urbanisation. La «révolution industrielle» en Europe et en Amérique favorisa l’expansion des usines et la prolifération des grandes villes. En outre, les syndicats et les organisations gouvernementales se sont attribués les fonctions que remplissait l'église paroissiale dans les zones rurales. Par ailleurs, le seul jour de congé des ouvriers à savoir le dimanche était souvent consacré aux loisirs et non à la religion. C’est la raison pour laquelle certains auteurs ont avancé que l'usine était un ennemi de la religion bien plus efficace que Darwin. Ce fut le matérialisme et non la science qui dépeupla les églises.
Au vingtième siècle, une bonne partie du monde occidental accepta l’idée séculière assumant que le christianisme n’a aucune pertinence pour le monde moderne. La plupart des non religieux n'ont jamais cherché à savoir si le christianisme proclame la vérité. Ils ont simplement ignoré la religion qui n’avait plus grand rôle à jouer dans la vie quotidienne. Nous appelons cet état d'esprit la laïcisation de la société.
Si les philosophes des Lumières s’attaquaient aux fondements intellectuels de la foi chrétienne, la laïcisation s’est attaquée à sa fonction dans la société. Les Lumières visaient les intellectuels, mais la laïcisation prenait pour cible la classe ouvrière. Les Lumières avaient influencé une poignée de gens, mais la laïcisation en a influencé un nombre incalculable. Le mode de vie des occidentaux s’est modifié comme si le christianisme n'existait pas. Depuis la conversion de Constantin, le christianisme était au cœur de la culture européenne jusqu’au vingtième siècle. À présent, on parle d’une Europe «postchrétienne».
►Parmi les problèmes énumérés dans cette section (libéralisme, néo-orthodoxie, théologie de la libération et la laïcisation), lequel affecte-t-il le plus votre culture? Ces problèmes affectent-ils les églises de votre société? Si oui, comment pouvez-vous y réagir en tant que dirigeant évangélique?
[1] Cité par Bruce Shelley, Church History in Plain Language, 3rd ed. (Nashville, Thomas Nelson, 2008), 394-395.
[3]« La grâce bon marché est la prédication de pardon sans repentir, baptême sans discipline d'église, communion sans confession... grâce sans discipulat, grâce sans la croix, grâce sans Jésus-Christ. La grâce coûteuse est coûteuse parce que il nous appelle à suivre, et c'est grâce parce que elle nous appelle à suivre Jésus-Christ. Cela coûte cher car cela coûte la vie à un homme, et c'est grâce parce que il donne à un homme la seule vraie vie. Il est coûteux parce qu'il condamne le péché, et la grâce parce qu'elle justifie le pécheur. Surtout, cela coûte cher car cela a coûté à Dieu la vie de son Fils. C'est avant tout grâce parce que Dieu n'a pas compté son Fils un prix trop élevé à payer. »
-Dietrich Bonhoeffer, répondre à la théologie libérale
Les mouvements évangéliques au vingtième siècle
Au début du XXe siècle, la croyance en la disparition du christianisme évangélique était fort répandue. Avec les théologiens modernistes d’un côté et de l’autre côté l’intensification de la laïcisation de l’Europe couplée de la propagation de l’huma-nisme en Amérique, les jours du christianisme orthodoxe semblaient comptés.
Mais la première moitié du vingtième siècle mit à nu les faiblesses de la théologie libérale. Les dix millions de morts de la première guerre mondiale et la dépression économique des années 1920 ont renversé les hypothèses du libéralisme. La Grande guerre a montré que l'homme n'est pas fondamentalement bon ni le monde un «paradis sur terre». Et dès 1930, le libéralisme radical était en plein déclin.
Par ailleurs, la découverte des manuscrits de la mer Morte en 1947 révéla la fiabilité des Écritures. Contrairement aux critiques libéraux prétendant que la Bible moderne n’était pas digne de confiance, les manuscrits de la mer Morte démon-trèrent que les manuscrits bibliques actuels étaient presque identiques aux anciens. Certainement, Dieu avait gardé et préservé sa Parole pour son peuple.
Les théologies modernistes font à l’heure actuelle très peu d’adeptes. Les églises dont le taux de croissance est plus élevé au monde sont évangéliques. Il existe des différences entre les dénominations évangéliques certes, mais elles ont en commun certains principes fondamentaux tels que: l'autorité de l'Écriture, la doctrine chré-tienne orthodoxe et la nécessité d'un engagement personnel envers Jésus-Christ.
Le fondamentalisme
Durant les années 1920, le conflit entre libéraux et fondamentalistes entraina des disjonctions dans les principales dénominations américaines. Au cours de cette même période, les fondamentalistes adoptèrent une version révisée et augmentée des déclarations de foi de la première conférence biblique de Niagara. Outre les cinq principes originels mentionnés plus haut, les fondamentalistes prirent en consi-dération d'autres sujets estimés essentiels à la foi, tels que l’interprétation pré-millénariste de l'Apocalypse, l’admission d’une «terre relativement jeune» comme seule interprétation de Genèse 1-2, et des questions d’ordre culturel affectant les relations de l'église avec la société.
Malheureusement, les fondamentalistes faisaient plus de bruit en se disputant avec d’autres chrétiens que de s’engager dans l’amélioration de la condition humaine. Pour bon nombre de chrétiens, ils avaient échoué sur les trois terrains suivants: ils priorisaient les conflits doctrinaux sur la conquête des âmes ; ils négligeaient la portée sociale de l'Évangile ; et ils évitaient tout engagement intellectuel face aux défis du modernisme. Bien que ces critiques ne s’appliquent pas à tous les fonda-mentalistes, elles traduisent pour autant la division qui prévalait entre les chrétiens conservateurs.
Un renouveau de l'évangélisme
En réponse à tous ces défis, les évangéliques des années 1940 se sont engagés dans la lutte pour faire respecter l'autorité de la Bible et servir le monde. De cette posture résulte une période de renouveau durant laquelle le respect de l'Écriture a été combiné à la mission première de l’Église, à savoir l’évangélisation du monde.
En 1941, un groupe d’évangéliques conservateurs se réunit à Moody Bible Institute pour former l’Association nationale des évangéliques. Cette organisation se donnait l’objectif de réfuter les allégations du Conseil national des églises libérales. Son pro-gramme de sensibilisation était rendu possible grâce à/aux:
Radiodiffuseurs religieux qui ont mit au point des programmes de radio et de télévision.
La Commission des aumôniers organisant des activités de sensibilisation e d’évangélisation auprès des soldats.
La World Relief Commission qui fournissait des aides humanitaires aux régions frappées par des catastrophes.
La Mission exchange quiencourageait la coopération et l’échange entre les organisations missionnaires.
Billy Graham reste pour la majeure partie du monde le symbole de l’évangélisation organisée à grande échelle. Le monde entier a été touché par les croisades menées par cet homme. Carl F. H. Henry, l’un des collègues de Graham, mit en circulation le magazine Christianity Today en vue de communiquer le message historique du christianisme au monde moderne.
Les évangéliques du XXe firent tout leur possible pour appliquer les Écritures aux besoins spirituels, moraux et sociaux du monde moderne. Tout comme les associa-tions bénévoles du XIXe siècle qui s’adonnaient à la réforme sociale et la promotion de l’œuvre missionnaire, de nombreuses organisations parareligieuses se consa-craient à l’évangélisation à la fin du XXe siècle.[1] Et parallèlement aux croisades organisées par des évangélistes tels que Billy Graham, cer-tains organisations se dédicaçaient à des mi-nistères spécifiques dans le cadre de ce vaste programme de sensibilisation évangélique:
La Croisade du Campus fondépar Bill Bright pour atteindre les étudiants universitaires.
Jeunesse pour le Christ s'adressait aux lycéens.
L'organisation des Navigateurs fondée par Dawson Trotman pendant la Seconde Guerre mondiale pour évangéliser les marins.
La société Gédéon distribue des Bibles dans des écoles, des prisons et des hôtels.
Des organisations telles que World Vision International et Samaritan's Purse répandent l'évangile par l'action sociale.
Toutefois, la question de l'inerrance de la Bible n’arrêtait pas de semer la discorde entre les modernistes et les évangéliques. C’est pourquoi, 200 leaders évangéliques se réunirent à Chicago (Illinois) en 1978 pour constituer le Concile international sur l'inerrance biblique. Ce concile fut à l’origine de la «Déclaration de Chicago sur l'inerrance biblique» qui précise la position orthodoxe sur la doctrine des Écritures. La déclaration de Chicago:
Expose la pertinence de la doctrine de l'inerrance de l’Écriture pour les chrétiens.
Soutient que les Écritures constituent la seule autorité ultime pour la conscience individuelle, la tradition ou les enseignements de l'église.
Affirme que Dieu a effectivement utilisé des humains pour écrire la Bible sans les dépouiller de leur personnalité au moment de l’inspiration.
Indique que seuls les manuscrits originaux (et non les manuscrits qui ont été recopiés) sont exempts d’erreurs. La déclaration de Chicago précise également que la non disponibilité des manuscrits originaux n’affecte en rien ni les doctrines ni les éléments de la foi chrétienne.
Précise que la Bible ne contient pas de contradictions.
Fournit des directives pour interpréter correctement les Écritures.
Expose les dangers résultant du rejet de la doctrine de l'inerrance et pour l'Église et pour le croyant.
La Déclaration de Chicago constitue une aide sûre pour les pasteurs et les en-seignants de la Bible désirant approfondir leur connaissance dans l’herméneutique et faire l’apologie de la doctrine de l’inerrance des Écritures.[2]
[1] Une organisation paraecclésiale est une organisation religieuse établie indépendamment des confessions religieuses.
[2] La déclaration de Chicago sur l'inerrance biblique est disponible en ligne à l'adresse suivante:
[3]"La tâche évangélique est avant tout la prédication de l'Evangile, dans l'intérêt de la régénération individuelle par la grâce surnaturelle de Dieu, de telle sorte que la rédemption divine puisse être reconnue comme la meilleure solution à nos problèmes, individuels et sociaux."
- Carl. FH Henry
Personnalité chrétienne à connaître C. S. Lewis (1898-1963)
La vie de C.S. Lewis est un puissant témoignage de la puis-sance transformatrice de l'évangile. Lewis naquit en Irlande dans une famille chrétienne. Son arrière grand-père était un pasteur méthodiste et son grand-père anglican. Pourtant, Lewis renonça au christianisme avant même qu’il soit devenu adolescent. Comme beaucoup d'autres personnes, il eut du mal à réconcilier l’existence d’un Dieu d'amour avec la pré-sence du mal et de la souffrance dans le monde, car sa mère mourut d'un cancer alors qu'il n'avait que neuf ans. Lewis conclut que si Dieu existait, Dieu ne pourrait être bon. Trois ans plus tard, il s’engagea dans la voie de l’athéisme.
Lewis fit preuve d’une érudition exceptionnelle pendant qu’il étudiait la littérature à l'Université d'Oxford. Après son étude, il intégra le corps professoral du College Magdalen et fut l'un des conférenciers les plus appréciés à Oxford.
Lewis poursuivit ses études en littérature. Mais il découvrit une certaine sagacité sous la plume des auteurs chrétiens anglais tels que John Milton, Herbert Spenser, George MacDonald et G.K. Chesterton qui n’apparaissait pas dans les autres textes littéraires. Il avait aussi deux fideles amis- Hugo Dyson et JRR Tolkien- au sein de la faculté de Magdalen qui étaient chrétiens. Les discussions tenues avec ces hommes et ses propres lectures le poussèrent à reconnaitre le caractère absurde de l'athéisme du point de vue intellectuel. Il finit par accepter en 1929 la réalité de l'existence de Dieu et devint «le converti le plus réticent de toute l'Angleterre». À ce stade, bien que Lewis fût convaincu de la réalité du théisme, il n'était pas encore chrétien.
Deux ans plus tard, C.S. Lewis capitula et se donna à Christ. Non seulement Lewis accepta intellectuellement l’évidence de l'existence de Dieu, il expérimenta aussi une véritable transformation intérieure. Il n'était donc plus le «converti réticent», mais un homme «surpris par la joie».
Une fois chrétien, Lewis investit toutes ses aptitudes dans sa foi. Mais comme l’on pouvait s’y attendre, il dut payer cher le choix d’extérioriser sa foi chrétienne. Bien qu'il fût l'un des conférenciers les plus populaires de l'université d’Oxford et l'auteur de plusieurs œuvres littéraires fort appréciées, l’université ne lui a jamais proposé un poste de professeur à temps plein. Ses collègues incroyants qui ne l’aimaient pas en étaient en grande partie responsables.
Toutefois, Lewis fut l'un des auteurs chrétiens les plus influents au XXe siècle. Auteur de vingt-cinq livres traitant de nombreux aspects de la foi chrétienne, Lewis était un véritable apologète de l’évangile à une époque où la laïcisation battait son plein. De plus, il était capable, quoi qu’étant un brillant homme de lettre, de com-muniquer à l'auditeur commun aussi efficacement qu'à des érudits d'Oxford. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lewis animait une série d'émissions radio-phoniques sur la religion chrétienne destiné à un auditoire non savant. Ces émis-sions furent à l’origine de son ouvrage intitulé Les fondements duchristianisme,- l’un des livres les plus influents du vingtième siècle.
Lewis écrivait aussi pour enfants. Soixante ans après la première publication des six volumes de Les Chroniques de Narnia, ces derniers occupent une place de choix dans la littérature universelle pour enfants. Ils racontent l'histoire d'un rédempteur (le grand lion Aslan) qui donne sa vie pour sauver un monde asservi au pouvoir du mal. Par cette sublime allégorie, Lewis enseigne aux enfants la puissance de l’acte de rédemption.
Les écrits de Lewis se portaient sur les vérités essentielles du christianisme. À une époque où les libéraux voulaient écarter les doctrines fondamentales afin de rendre le christianisme attrayant pour les intellectuels, Lewis, en bon apologète, montrait que l'orthodoxie chrétienne était intellectuellement défendable. Dans Les fonde-ments du christianisme Lewis prêche en faveur d’un œcuménisme fondé sur l'ortho-doxie et non sur l'abandon de la vérité biblique.
Enfin, la vie de C.S. Lewis est un autre exemple de l’influence de la foi chrétienne authentique sur le rapport du chrétien avec le reste du monde. Lewis devint très fortuné en raison de ses œuvres littéraires. Mais il n’a jamais cessé de mener une vie modeste. Au lieu de se la couler douce, il consacrait son argent à la charité. Il assistait de nombreuses familles en situation économique difficile, éduquait des orphelins et supportait des dizaines d’organisations caritatives ainsi que des églises. La puissance de l'évangile transforma effectivement cet homme qui dans le temps s’était déclaré athée.
L'évangélisme au XXe siècle (suite)
La montée du pentecôtisme
La montée vertigineuse du pentecôtisme demeure l’un des aspects les plus contro-versés du réveil évangélique du 20e siècle. Ce mouvement a ses origines dans le réveil d’Azusa Street à Los Angeles en 1906. Depuis, des chrétiens venus des quatre coins du monde ont visité la mission pentecôtiste située à Azusa.
Le mouvement pentecôtiste, dont les adhérents prétendent pouvoir parler dans des «langues inconnues», attire dans ses rangs des individus issus de toutes les classes sociales et économiques. Il attire les pauvres des classes inférieures avec son mes-sage de délivrance et les gens aisés en les promettant de la puissance spirituelle.
Les Assemblées de Dieu, l'Église de Dieu en Christ et la Sainte église pentecôtiste ne sont que quelques-unes des dénominations issues de ce mouvement. En outre, des groupes pentecôtistes ou «charismatiques» ont émergé à l’intérieur des déno-minations telles que l’Église luthérienne et l’Église presbytérienne.
Vers la fin du 20e siècle, les églises pentecôtistes avaient le rythme de croissance le plus rapide en Afrique et en Asie. Selon l'Atlas du christianisme mondial, le mouve-ment pentecôtiste compte près de 614 millions d’adeptes à l’heure actuelle.[1] Cette croissance repose essentiellement sur l’importance accordée à l'évangélisation et la démonstration de la puissance transformatrice du Saint-Esprit.
[1] Alors que pour de nombreux chrétiens américains le pentecôtisme se résume principalement au parler en langues, cet aspect n’en est pas le critère dans d’autres pays. Dans une étude sur les pentecôtistes nigérians, le Dr. Danny McCain de l'Université de Jos a découvert que de moins en moins de pentecôtistes au Nigéria affirment avoir parlé en langues.
Les mouvements œcuméniques au XXe siècle
Avant la Réforme, être «chrétien» signifiait être catholique ou orthodoxe oriental. Au XVIe siècle, on était protestant si l’on s’adhérait à l’église luthérienne, réformée, anabaptiste ou anglicane. Mais après la paix d'Augsbourg et l'assemblée de West-minster, les dénominations issues du christianisme allaient se faire de plus en plus nombreuses.[1]
Au début du XXe siècle, on dénombrait près de 200 dénominations protestantes uniquement aux États-Unis. Pour contrecarrer cette situation, des leaders évangé-liques ont initié une série de mouvements œcuméniques dans le but d’unifier les différentes tendances chrétiennes. Toutefois, les partisans du mouvement œcumé-nique étaient de deux courants idéologiques différents. L’un des groupes était libéral et l’autre évangélique.
Le mouvement œcuménique libéral
À partir de 1846, l'Alliance évangélique prit des initiatives visant l’unification des églises de l’Europe. Le Conseil fédéral des Églises des États-Unis d'Amérique, fondé en 1908, réunit trente et une dénominations américaines de courant libéral. Ce Conseil serait reconverti en « Conseil national des églises du Christ».
Le Conseil Œcuménique des Églises, la plus grande organisation œcuménique, a été inspiré par la Conférence missionnaire internationale d’Edimbourg de 1910. Suite à cette conférence, quatre leaders chrétiens (John R. Mott d’Amérique, Charles H. Brent du Canada, Nathan Söderblom de Suède et Willem A. Visser't Hooft (Pays-Bas) ont organisé une Conférence mondiale sur la foi. Cette conférence, tenue pour la première fois en 1927, fut à l’origine de la formation du Conseil œcuménique des Églises en 1948.
Le premier Conseil œcuménique des Églises comptait 147 dénominations de 44 pays. Aujourd'hui, le conseil regroupe 345 confessions basées dans 110 pays.
Malheureusement, dès le début, le Conseil œcuménique des Églises a été fortement influencé par la théologie libérale. Le Conseil mondial était beaucoup plus intéressé aux défis socio-économiques et politiques que par l'orthodoxie biblique. À titre d’exemple, lors de la conférence du Conseil mondial de 1973, le «salut» était défini comme «l'humanisation de la société pour libérer l'homme de l'oppression et la création d’une nouvelle société sur la terre». La conférence du Conseil mondial de 1975 soutenait «les révolutions de guérilla non militaires et la théologie de la libération».[2]
L’unité dans le milieu évangélique
S’il y a un point sur lequel les évangéliques se mettaient d’accord avec les libéraux était la nécessité de resserrer les liens de l’unité des chrétiens. Cependant, les évangéliques croyaient que la véritable unité au sens biblique du terme devait être fondée sur l'autorité de l'Écriture. Dans les années 1940, l'Association nationale des évangéliques cherchait à unir les croyants partageant ce même engagement envers l'autorité biblique.
Pour les évangéliques, la plus forte impulsion en faveur de l'unité de l'église était l'évangélisation à l’échelle mondiale. Les croisades de masse organisées par Billy Graham et Luis Palau s’inscrivaient dans l'approche évangélique de D.L. Moody. Car les églises qui s’étaient impliquées dans l’organisation d’une croisade parvenaient à cultiver les unes pour les autres une profonde appréciation et beaucoup de respect.
Parallèlement aux efforts d'évangélisation des églises, des conférences organisées autour de la thématique évangélisation avaient réuni des chrétiens de différents milieux confessionnels. Par exemple, le Congrès mondial sur l'évangélisation orga-nisé en 1966 à Berlin attira 1200 participants venus de plus d’une centaine de pays.
En outre, 2 500 participants venus de 150 pays assistèrent au Congrès international sur l'évangélisation du monde organisé à Lausanne en 1974. Sous la conduite de l’évangéliste américain, Billy Graham, et d'un pasteur anglais de confession angli-cane, John R.W. Stott, les participants ont signé la «Convention de Lausanne» soutenant que «l'unité visible de l'Église dans la vérité est partie intégrante du dessein de Dieu». La Convention énonçait les deux objectifs majeurs de l’unité de l'église:
Théologiquement, l'unité de l'Église reflète l'unité trinitaire. Elle est un don de Dieu par l'Esprit, rendu possible par la croix de Christ.
Dans la pratique, l'unité de l'église favorise l’évangélisation effective du monde.[3]
Contrairement au Conseil œcuménique des Eglises, le Congrès de Lausanne accentuait sur le fait que la doctrine était essentielle à la tâche de l'évangélisation mondiale. Par ailleurs, le Congrès croit à l'inspiration divine et l'infaillibilité de l'Écriture ainsi qu’à la toute suffisance de Christ pour le salut. Il admet aussi que le message de l’Évangile incluait à lafois la justice sociale et l’évangélisation.
En 1986, une nouvelle conférence organisée à Amsterdam réunit 8 200 évan-gélistes du monde entier. Une fois de plus, le congrès a soutenu que l’évangé-lisation mondiale et l’intégrité doctrinale sont essentielles à l’unité de l’Église.
[1] Si vous avez oublié ces termes, consultez la section de la leçon 10 intitulée «La guerre de trente ans et la montée des dénominations».
[2] Cité dans Earle E. Cairns, Christianity Through the Centuries, 3rd ed. (Michigan: Zondervan, 1996), 476.
[3] Bruce L. Shelley, Church History in Plain Language, 3rd ed. (USA: Thomas Nelson, 2008), 449.
La croissance de l'Église dans le monde
À l'époque de la Conférence missionnaire internationale à Edimbourg en 1910, il y avait 200 millions de protestants dans le monde. Cent ans plus tard, il y en avait environ 800 millions. Environ 300 millions d’entre eux sont des évangéliques.[1]
Aujourd'hui,[2] plus de 50 000 missionnaires originaires des pays d’Afrique, d'Asie et de l'Amérique latine exercent leurs ministères en terre étrangère. Des églises en Corée et en Chine envoient des milliers de missionnaires dans d'autres pays. Le mouvement «Retour à Jérusalem» en Chine s'est engagé à proclamer l'évangile aux musulmans d'Asie centrale et d'Afrique du Nord. Les responsables d'églises de maison font appel à 100 000 missionnaires en provenance de Chine et prédisent que 10 000 d'entre eux mourront en martyrs. D'ici 2025, il est probable qu’il y ait plus de missionnaires chinois dans le monde que n'importe quelle autre nationalité.
Entre temps, l’Europe, le foyer historique de la chrétienté, devint un champ de mission. Moins de 10% des citoyens britanniques vont à l'église chaque semaine. Plus de 50% ne vont jamais à l'église. Au Danemark et en Suède, moins d’une per-sonne sur 20 fréquente l’église. Le christianisme du XXIe siècle est véritablement une «foi mondiale» et non une «religion caucasienne».
Le graphique ci-dessous montre l'évolution du christianisme dans le monde de 1900 à 2005. Six pays figurant parmi les dix premiers pays en 2005 ne figuraient pas sur la liste en 1900. Cinq des nouveaux pays sont situés en Asie et Afrique. Sur 10 millions de chrétiens en 1900, l’Afrique compte maintenant près de 500 millions de chrétiens pratiquants. On estime que cinq nouvelles congrégations sont implantées tous les jours en Afrique. Les spécialistes prédisent que d'ici 2050, huit des dix plus nations les plus chrétiennes se trouveront en Asie et en Afrique.
Les pays les plus chrétiens en 1900
Les pays les plus chrétiens en 2005
Les pays les plus en 2050 (projection)
Etats-Unis
Etats-Unis
Etats-Unis
Russie
Brésil
Chine
Allemagne
Chine
Brésil
France
Mexique
Congo-Zaïre
Bretagne
Russie
Inde
Italie
Philippines
Mexique
Ukraine
Inde
Nigéria
Pologne
Allemagne
Philippines
Espagne
Nigéria
Ethiopie
Brésil
Congo-Zaïre
Ouganda
Les facteurs déterminants dans la croissance de l'église évangélique dans le monde sont les suivants:
Un engagement envers l’autorité biblique
Les plus anciennes dénominations plus ou moins libérales ont perdu un fort pour-centage de leurs membres au cours du vingtième siècle. Entre 1925 et 1985, le nombre de missionnaires affiliés à ces dénominations est passé de 11 000 à 3 000. En revanche, entre 1953 et 1985, le nombre de missionnaires évangéliques a triplé, passant de 10 000 à plus de 35 000. Une étude des dénominations libérales fit la conclusion suivante:
Les pasteurs libéraux enseignent que la Bible n’est pas la Parole inspirée de Dieu, situent les récits bibliques des miracles au rang des mythes et prétendent que la foi en Christ n’est pas l’unique moyen de parvenir au salut.
Dès lors, la frontière entre la foi et l'incré-dulité disparaît et l’église se transforme en une institution sociale.
Il est évident que l’homme ne voudra jamais se consacrer à une organisation sociale fondée sur un mythe. Ces églises libérales prises au piège du déclin ne pouvaient plus tenir leur engagement à l’égard de la mission de l’évangile.[3]
Progression vers le bas des dénominations libérales
1. Déni de l'inspiration de l'Écriture.
2. L'église devient une institution sociale.
3. L'engagement envers l'évangélisation et la mission diminue.
Durant cette période de déclin constaté dans les dénominations libérales, les dénominations conservatrices par contre enregistraient une très forte croissance. Ces trois groupes d’églises illustrent parfaitement ce genre de croissance survenue entre 1965 et 1985.
Le nombre des fideles des assemblées de Dieu a doublé,
L’Église du Nazaréen a augmenté de près de 50% et
La Convention baptiste sud américaine a augmenté de près de 40%.
La croissance de l’Église est assurée lorsque la Bible est prêchée et appliquée dans la vie des croyants. Mais quand la Bible ne fait plus autorité, n’est plus la source des thématiques des sermons prêchés ni le principe directeur du mode de vie des laïcs qui la transgresse ouvertement, c’est l'église qui en paie les frais.
[1] Les statistiques de cette leçon proviennent de World Christian Database (version 2008) et Earle E. Cairns, Christianity through the Centuries (1996). Dans des pays tels que la Chine, les estimations varient considérablement. Les informations sur le mouvement missionnaire chinois proviennent de Timothy C. Tennent, Theology in the Context of World Christianity, (Zondervan, 2007).
[2] Image : "Répartition régionale des chrétiens" de "Global Christianity - A Report on the Size and Distribution of the World's Christian Population" Pew Research Center, Washington, D.C. (19 décembre 2011) extrait de https://www.pewresearch. org/religion/2011/12/19/global-christianity-exec/, libre d'utilisation avec attribution.
[3] Timothy Paul Jones, Christian History Made Easy (CA: Rose Publishing, 2009), 167.
Le message de l’Evangile dans le monde: L’Alliance Wycliffe Mondiale des traducteurs de la Bible
Il est bon de promouvoir l'autorité de l'Écriture, mais qu'en est-il des personnes qui ne peuvent lire la Bible dans leur langue? En 1917, Cameron Townsend se rendit au Guatemala comme missionnaire évangélique, emportant avec lui des Bibles de ver-sion espagnole pour distribuer aux gens. C’est alors qu’il découvrit que les habitants du village où il travaillait ne lisaient pas l'espagnol. Et pire, la Bible n’était pas encore disponible dans leur langue maternel, le cakchiquel.
En 1934, Townsend fonda une école de traduction de la Bible. Puis, en 1942, il fonda l’Alliance Wycliffe Mondiale dont le but est de traduire la Bible dans toutes les langues du monde.
En 2013, La Bible dans son intégralité a été traduite dans plus de 500 langues et le Nouveau Testament dans plus de 1800 langues. Au moins un livre de la Bible est disponible dans plus de 2 800 langues. La disponibilité de la Bible dans les langues locales contribua à la croissance des églises autochtones dans le monde entier.
Cependant, la tâche est loin d’être terminée. Environ 1900 langues ne disposent pas d’une seule version de la Bible. Des millions de personnes attendent encore que la Parole de Dieu soit disponible dans leur langue. Le leader évangélique, Carl F.H. Henry aurait dit : «L’Évangile n’est une bonne nouvelle que s’il arrive à temps.» Que pouvez-vous faire pour que la Parole de Dieu soit accessible à ces gens ?
La croissance de l'Église universelle (suite)
La valorisation du leadership indigène au sein de l’église locale
La valorisation du leadership de l’église locale ne s’inscrit guère dans une dyna-mique de nouveauté. Les églises implantées par Paul selon le livre des Actes étaient autonomes tant sur le plan administratif, financier et missionnaire. Au 19e siècle, Henry Venn fit nommer de Samuel Crowther évêque anglican de l'Afrique et William Carey s’évertua à édifier une église autochtone en Inde.
L'église chinoise incarnait ce modèle de leadership autochtone au 20e siècle. Lorsque la révolution maoïste avait chassé les missionnaires étrangers du territoire en 1950, il y avait environ un demi-million de protestants baptisés en Chine. En 1996, ce chiffre avait atteint au moins 33 millions. Or selon de nom-breuses estimations, le nombre de chrétiens chinois à l’heure actuelle avoisinerait les 100 millions.
Un autre exemple de leadership autochtone couplé d’une rapide expansion de l’église a été constaté en Afrique de l’Est. En 1937, l'invasion de Mussolini avait contraignit les missionnaires à quitter la tribu des Wallamo en Éthiopie. Il y avait seulement quarante-huit croyants dans la tribu lorsqu’ils ont dû partir. Mais lorsque les missionnaires sont revenus en 1945, ils ont trouvé plus de 10 000 croyants sur place.
Les réveils évangéliques
Les différents réveils spirituels ayant jalonné périodiquement l'histoire ont été dé-terminants dans la croissance de l'église. Les réveils du 20e siècle étudiés dans la huitième leçon étaient à l’origine de l’expansion de l'église en Corée et en Chine.
En 1935, un réveil secoua Ouganda, Kenya et Tanzanie, et attira des milliers de nouveaux croyants dans les églises évangéliques. Après le réveil de l'île indoné-sienne de Timor au milieu des années 1960, les églises virent leur effectif tripler, passant de 100 000 membres à plus de 300 000. Les spécialistes de l'église afri-caine estiment que 40% des Africains ont abandonnés les religions traditionnelles pour embraser le christianisme au cours du 20e siècle.[1]
[1] Peter Jenkins, The Great and Holy War (NY: Harper, 2014), 317.
[2] "Dimanche dernier, il est possible que plus de croyants chrétiens soient allés à l'église en Chine que dans toute la soi-disant" Europe chrétienne ". Pourtant, en 1970, il n'y avait pas d'églises fonctionnant légalement dans toute la Chine."
- Mark Noll
Conclusion: les défis de l'Église moderne
À bien des égards, la rapide expansion de l’Église au quatre coins de la surface ter-restre fut l’une des prouesses du christianisme au 20e siècle. Mais toute croissance s'accompagne toujours de nouveaux défis. L’Église mondiale confronte, entre autre, des défis comme:
Le problème de l’intégrité théologique
Tout comme au premier siècle, de nombreux faux docteurs menacent la vérité de l'évangile au XXIe siècle. Pierre nous en avait averti: «Il y a eu parmi le peuple de faux prophètes, et il y aura de même parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses, et qui, reniant le maître qui les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine. Plusieurs les suivront dans leurs dissolutions, et la voie de la vérité sera calomniée à cause d'eux.»[1] Il est à souligner que l’avertissement de Pierre demeure pertinent aujourd'hui. Il faut que les églises restent attacher à la vérité biblique pendant qu’elles expérimentent une croissance sans précédent. L'Église nécessite également de former des leaders dans la vérité biblique et les encourager à développer un standard éthique élevé et leur leadership.
La relation entre l'Eglise et le monde
L’expansion des églises indigènes a soulevé des défis similaires à ceux de l'église primitive. L'église primitive se demandait: «Quels sont les aspects moralement neutres de la culture païenne et lesquelles sont hostiles à l'évangile?» Pour une meilleur contextualisation de l’évangile, chaque église doit répondre à ces questions à la lumière de la vérité. Quelles sont les pratiques culturelles, les coutumes, les fêtes nationales et les productions artistiques et musicales d'une nation qui sont moralement neutres? Lesquelles s’opposent à la foi chrétienne?
►Quels genres de controverses théologiques qui menacent l'intégrité de l'église dans votre communauté? Êtes-vous en mesure de préciser quelques problèmes liés à la contextualisation de l’évangile qui représentent un défi pour les croyants de votre culture?
La Conférence missionnaire d'Édimbourg encourage l'évangélisation mondiale.
1934
Wycliffe Bible Translators est créé pour rendre les Écritures disponibles dans toutes les langues.
1941
L'Association nationale des évangéliques recherche l'unité sur l'essentiel de la foi chrétienne.
1947
La découverte des manuscrits de la mer Morte confirme la fiabilité des Écritures.
1949
Billy Graham commence ses croisades d'évangélisation mondiales.
1978-1988
Le Conseil international sur l'inerrance biblique énonce une doctrine évangélique de l'Écriture.
Leçon 6 Personnes clés dans l'histoire de l'Église
Barth, Karl (1886-1968) : théologien néo-orthodoxe. Il a rejeté la théologie libérale allemande, mais a accepté bon nombre des principes de la critique biblique supérieure.
Graham, Billy (1918-2018) : évangéliste évangélique le plus connu du XXe siècle.
Lewis, C.S. (1898-1963) : Apologiste de premier plan du XXe siècle. Il s'est converti de l'athéisme et est devenu une voix pour l'évangile.
Townsend, Cameron (1896-1982) : fondateur des traducteurs de la Bible Wycliffe.
Devoirs de la leçon 6
(1) Que l’étudiant(e) passe un test sur cette leçon. Lequel test doit inclure des dates de la chronologie des «Événements clés de l’histoire de l’Église» (XXe siècle).
(2) Rédigez un essai de deux pages au maximum sur l’un des défis énumérés dans cette leçon. Vous pouvez aborder un problème théologique tel que le libéralisme ou un problème pratique comme l’importance du l’autonomie de l’église locale. L’essai comportera les deux parties suivantes:
L’intérêt de votre église à l’endroit de ce défi
Des propositions pour solutionner ce problème affronté par votre église
Leçon 6 Questions du test
(1) Le livre de Darwin intitulé ________________________________ fut à l’origine de la théorie de l'évolution.
(2) L’Allemand__________________ au même titre que Darwin, contribua à la montée du libéralisme dans l'église.
(3) ___________________ était une réponse au libéralisme. Il tenait à certains aspects de l'orthodoxie, mais n'enseignait pas l'inerrance de l'Écriture.
(4) Le __________________ laissait entendre que le christianisme n’était plus important pour le monde moderne.
(5) En raison du déclin de l'influence de la foi chrétienne en Europe au XXIe siècle, on appelle ce continent ________________________.
(6) ________________________________ fut créée en 1941 en réponse au Conseil national des églises libérales.
(7) La _________________________ sur l'inerrance biblique résume la doctrine évangélique sur l'inspiration et l'inerrance.
(8) Les églises dont la croissance a été la plus rapide en Afrique et en Asie au XXe siècle étaient du courant ______________________
(9) Le livre de C.S. Lewis intitulé ___________________________, résumait les enseignements de la foi chrétienne pour un public non universitaire.
(10) Le ________________________________ tenu en 1974 sur l'évangélisation du monde énonçait un but théologique et pratique pour l'unité dans l'Église.
(11) Citer deux des quatre facteurs importants dans la croissance des églises évangéliques dans le monde.
(12) _____________________________ traduit des parties de la Bible dans plus de 2 800 langues.
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