La présente leçon abordera la période historique qui s’étend de la paix de West-phalie en 1648 jusqu’à la Révolution française en 1789. Laquelle période sera examinée sous deux angles différents.
En premier lieu, durant cette période, la raison humaine était l'autorité finale pour plus d’un. Cette période est souvent qualifiée de période de «Lumière» ou l’«Âge de la raison». Cependant, une appellation plus appropriée pour cette période serait l’«Âge du rationalisme». Toujours est-il que les chrétiens attachaient de grande importance à la raison, mais pendant le siècle des Lumières, elle fut la seule source d’autorité valide aux yeux de certaines personnes.
L’âge du rationalisme donna naissance à la sécularisation, une philosophie qui nie l’existence de Dieu, ou du moins, suppose qu’elle est superfétatoire. En substituant la raison humaine à la sagesse de Dieu, les philosophes des Lumières jetèrent les bases du chaos social qui bouleverserait l'Europe à la fin du XIXe siècle, ceux des régimes totalitaires du XXe siècle ainsi que les fondements d'un grand nombre de maux qui continuent de tourmenter le monde du vingt et unième siècle.
Deuxièmement, cette période fut marquée par un réveil spirituel ayant secoué et l'Angleterre et les colonies américaines. Ce réveil fut à l’origine de la naissance du mouvement missionnaire moderne, la transformation de la société britannique et américaine et la revitalisation de la spiritualité personnelle.
Date (A.D.)
Événement
1648
Fin de la guerre de Trente Ans
18ème siècle
L'illumination
1720-1740s
Le grand réveil
1738
L'expérience d'Aldersgate de John Wesley
1784
Conférence méthodiste formée
1789
Révolution française
Le développement du rationalisme
Peu de temps avant sa mort, Benjamin Franklin écrivit une lettre dans laquelle il expose ses croyances religieuses. Franklin ne croyait pas que Jésus était le Fils de Dieu, et dans la conclusion de la lettre il déclara: «Je ne vois pas d’inconvénient à croire [en Jésus] si cette croyance débouche sur de bons résultats.» Pour Franklin, la vérité du christianisme avait peu d’importance; et tant que cette religion inspirait les hommes à mieux se comporter, elle était acceptable.
Benjamin Franklin incarnait l'esprit du rationalisme des Lumières pour ses confrères américains. Mais nombreux sont les philosophes des Lumières qui reniaient l'exis-tence de Dieu (athéisme), ou prétendaient que Dieu ne s’intéressait pas trop à la vie de l’homme sur terre (déisme). Ces visions de Dieu ont tous deux soutenu le caractère inutile de son existence pour la survie humaine.
Au Moyen Âge et durant l’époque de la Réforme, la raison était cruciale, et la Révé-lation l'autorité finale. Les réformateurs avaient démontré que les Écritures étaient investies de l’autorité divine. Mais ce fut par la raison que ces mêmes réformateurs ont pu saisir la vérité de Dieu, sans toutefois la contredire.
Cependant, cet équilibre disparut à l’époque des Lumières. La raison se substitua à la foi en tant qu'autorité finale. Le christianisme se révèle salutaire, déclara Benja-min Franklin, car il améliore le comportement et la qualité de vie de l’homme. Pour les penseurs des Lumières, le christianisme ne consistait pas en une croix, en une vie de disciple et en la soumission à l'autorité de Dieu, mais plutôt un outil dont la finalité est d’améliorer la qualité de vie de l’homme dans ce monde.
Les origines de la Renaissance (1300-1700)
Durant le XVIe et XVIIe siècle, on assista à la montée grandissante d’une curiosité intellectuelle pour les écrits grecs de l’antiquité parallèlement à l’intérêt manifesté pour l’étude des Écritures. Erasme, qui fit redécouvrir le Nouveau Testament en grec, réintroduisit également l'étude des classiques grecs anciens.
Cette période de l'histoire s'appelle la «Renaissance». Toutefois la Renaissance ne concerne pas a priori une époque historique, mais plutôt désigne une façon de penser ou à un mouvement philosophique. Ces siècles furent témoins de la renais-sance d’une curiosité intellectuelle pour la philosophie et la littérature antique.
Les mouvements de la Renaissance et de la Réforme se sont tous deux produits au cours de la même période, mais ils avaient deux conceptions très différentes de l'homme. Pour les réformateurs, l'humanité était déchue; son plus grand besoin était la grâce de Dieu. Les philosophes de la Renaissance voyaient dans l’humanité un potentiel illimité, et son plus grand besoin était l'éducation.
Pour les penseurs de la Renaissance, l'homme est l'autorité finale. Descartes (1596-1650) incarne en sa personne cette tendance. Afin de découvrir la vérité absolue, Descartes prit la voie du doute absolu. Cependant, il ne pouvait pas douter de sa propre existence. Partant de cette vérité, il émit des raisonnements sur toutes les autres vérités, y compris l'existence de Dieu.
Descartes parvint à déduire la réalité de l’existence de Dieu, mais sa façon de procéder pour arriver à une telle conclusion était très différente des réformateurs. Pour les derniers, la Parole de Dieu était l'autorité finale; pour Descartes et les autres penseurs de la Renaissance, il revenait à la raison humaine de confirmer la Parole de Dieu. Ce fut le début d’une toute nouvelle vision de l'autorité. La raison de l'homme, et non la révélation de Dieu, devint l'autorité finale. Cette nouvelle approche analytique allait préparer la voie aux autres philosophes qui renieraient la véracité de la Parole de Dieu.
Le siècle des Lumières (1650-1800)
À la fin du XVIIe siècle, Isaac Newton publia un traité dans lequel il démontra que la force gravitationnelle était le principe de base du mouvement dans l'univers. Les recherches de Newton déclenchèrent un siècle de progrès scientifique. Mais ces découvertes ainsi que ce nouveau monde scientifique allaient susciter deux réac-tions différentes de la part du public.
La réaction des croyants aux découvertes de Newton consistait en une tentative de concilier la raison et la foi. Les chrétiens admettaient que la Divinité se révèle à l’homme au travers de deux canaux, la Bible et la nature. Celle-ci est en fait une source de révélation de Dieu. Le psalmiste écrit: «Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains.» Il poursuit pour affirmer: « La loi de l’Éternel est parfaite, elle restaure l'âme.»[1]
Contrairement aux chrétiens qui valorisaient et la foi et la raison, les sceptiques mettaient l’accent uniquement sur la raison comme la seule source de vérité. «S’il est possible de comprendre la nature par l’intermédiaire de la raison humaine, disaient-ils, on a plus besoin de la Bible.» Les Écritures n'étaient plus importantes pour les philosophes des Lumières, car ils pouvaient atteindre la vérité par la raison seule.
Les premiers philosophes des Lumières ne se démarquaient pas de la foi chré-tienne, mais ils nel'acceptaient que dans la mesure où elle pouvait être prouvée par la raison humaine. Par exemple, l'un des maitres à penser du siècle des Lumières était John Locke (1632-1704). Locke ne renia jamais le christianisme, mais puisqu’il limitait le christianisme à des principes se basant sur la raison humaine au détriment de la révélation, il jeta les bases de la négation du christia-nisme par la génération suivante.
Au dix-huitième siècle, les déistes français firent valoir que même si Dieu existe, il n'est pas le Dieu de la Bible. Les déistes décrivirent Dieu comme un «horloger» qui se retire après avoir créé le monde. Ce dernier serait telle une horloge programmée pour fonctionner toute seule. Ces déistes soutinrent également que les miracles de la Bible (y compris la résurrection) étaient des fables inventées par les écrivains humains. Les Ecritures n'étaient plus perçues comme la révélation de Dieu.
Les déistes, dont le chef de file était Voltaire (1694-1778), voulaient remplacer la révélation biblique par la raison humaine. Après la destruction de la majeure partie de Lisbonne par un séisme en 1755, Voltaire écrivit Candide, un roman dans lequel il se moque de la croyance au Dieu révélée dans la Bible. Pour les déistes, Dieu est le Créateur du monde, mais il l’a abandonné et l’a laissé fonctionner par lui-même.
Les philosophes des Lumières prétendaient être à la recherche de la «vérité». Mais, par leur définition même de la vérité, ils niaient la doctrine chrétienne dès le début. Ils insistaient sur le fait que la «vérité» devait être vérifiée et prouvée par des méthodes rationnelles en dehors de toute référence au surnaturel.
Le philosophe écossais David Hume (1711-1776), par exemple, s’opposa à la croyance aux miracles. Puisqu’il est impossible, affirma-t-il, de prouver que les miracles du Nouveau Testament s’étaient produits réellement, le fait d’y croire est une absurdité. Les affirmations de la Bible n'étaient donc plus incontestables, puisqu’elle n’était plus donc considérée comme une autorité digne de foi. Ces philosophes refusaient d’accepter la révélation biblique comme preuve suffisante pour la foi, et rejetaient même les preuves historiques de la résurrection.
Les philosophes des Lumières défendaient en fait la théorie de la non-fiabilité de la Bible. En conséquence, ils refusaient de prendre en compte toute preuve historique qui en soit en faveur. Le siècle des Lumières façonna un monde dans lequel la foi chrétienne n'était acceptable que dans la logique de la vie privée. La foi n'était plus autorisée à influencer le comportement en société des individus. Désormais, un vaste mur séparait la foi privée et la «raison» publique.
… Du passé jusqu'à aujourd’hui…
Les idées des Lumières sont toujours populaires. D’aucuns acceptent le principe des Lumières selon lequel «la foi privée ne devrait pas affecter la vie publique». Par exemple:
Aux États-Unis d’Amérique, beaucoup de chrétiens professés admettent que leurs convictions religieuses ne guident pas leurs décisions dans les affaires.
En Chine, un responsable politique m'a dit: «La liberté de religion est totalement garantie, tant que vous n'essayez pas de partager vos croyances aux autres. »
►Quel est le degré de respect dont jouit l’autorité de la Bible dans votre société? Dans quel domaine la foi et la vie publique sont-elles séparées dans votre socié-té? Les idées des Lumières ont-elles encore une incidence sur votre culture? En tant que chrétiens, quelle est la meilleure posture à adopter par rapport à ces idées?
La Révolution française (1789)
Dès que l'homme essaie de régenter le monde sans l’appui de Dieu, il en moissonne le chaos. Durant le siècle des Lumières, des hommes comme Voltaire et David Hume essayèrent de créer un monde dans lequel Dieu n’avait pas sa place, où l'humanité était libre d’agir sans se soucier de la loi de Dieu.
Quels ont été les résultats d’une telle philosophie? Les répercussions de la philo-sophie des Lumières sont manifestement visibles dans la Révolution française de 1789. Le 14 juillet 1789, une foule en colère se rassembla devant la prison de la Bastille à Paris. Les dirigeants de la Révolution déclarèrent à la foule que l’on gardait dans cette prison des patriotes arrêtés pour avoir défendu la liberté.
Ne voulant pas risquer la vie de ses soldats, le gardien de la Bastille accepta de livrer la prison aux mains de la foule si lui-même et ses 110 soldats étaient auto-risés à se retirer en toute sécurité. Mais la foule massacra le gardien et ouvrit les portes du cachot. Et en ce faisant, ils y découvrirent la vérité. Seulement sept prisonniers se trouvaient dans la forteresse : cinq criminels ordinaires et deux hommes aliénés. Il n'y avait aucun patriote emprisonné à la Bastille.
La «prise de la Bastille» montre l'échec de la Révolution française. Dix ans après la Révolution américaine, de nombreuses personnes espéraient que la Révolution française apporterait une liberté similaire à la France. Au lieu de cela, le règne de la terreur provoqua la mort de 40 000 personnes.
Les dirigeants de la Révolution française étaient de farouches ennemis du christia-nisme. Plus de 30 000 prêtres furent contraints de se cacher; on adopta un nouveau calendrier épuré de toutes les références religieuses; on convertit les églises en «temples de la raison» et l'autel de la cathédrale de Notre-Dame fut transformé en trône pour une actrice vêtue en «déesse de Raison».
En 1799, Napoléon Bonaparte renversa la Révolution et se déclara empereur en 1804. La révolution avait échoué.
Qu'est-il donc arrivé? L’une des raisons de l’échec de la Révolution française est qu’elle était fondée non sur le respect biblique des droits de l’homme, mais sur une philosophie des Lumières qui ignorait Dieu. La Révolution française s’érigeait sur les fondements de la glorification de l'homme plutôt que de Dieu, représentait le point culminant du siècle des Lumières et incarnait l'échec du rationalisme.
Il a fallu que les chrétiens du XVIIe et XVIIIe siècle ripostassent aux attaques du rationalisme. Comment les chrétiens allaient-ils continuer à persévérer dans la foi sous le regard fielleux des philosophes et des penseurs qui proclamaient haut et fort que le christianisme n'était qu'un mythe?
En fait, l’une des réponses au rationalisme allait être la promotion de la séparation de la foi personnelle avec la raison. Ce fut la position adoptée par de nombreux chrétiens qui furent connus par la suite sous le nom de piétistes. Les piétistes estimaient qu'une «foi vivante» était plus importante que la doctrine. Ils mettaient plus d’accent sur une «religion du cœur» que sur l’organisation de l’Église et les questions intellectuelles.
Deux problèmes furent à l’origine du développement du piétisme en Allemagne:
Au dix-septième siècle, une apparence de piété stérile se substituait à la foi salvatrice qui a été ravivée par la Réforme. Loin d’être l’expression d’une rela-tion personnelle avec Christ, le christianisme était plus une question d'adhésion à l'église officielle. Si l’orthodoxie de l'église luthérienne restait intacte, la vita-lité première de la réforme se dissipa. Par conséquent, aux yeux de plusieurs, le protestantisme du dix-septième siècle n’était guère différent du catholicisme médiéval. Les deux étaient devenus au fil du temps un corps de rituels vide de sens. D’où la volonté des piétistes de réinventer l'expérience chrétienne. Ils ne se contentaient pas de faire partie d’une église; mais ils voulaient en tant que membre de l'église de vivre personnellement l’expérience de la foi.
Face à la montée du rationalisme quelques années plus tard, le piétisme offrait aux chrétiens une toute nouvelle alternative, celle d’ignorer les critiques intellectuels contre la vérité de la Parole de Dieu et de se refugier dans sa foi personnelle. Les piétistes étaient déterminés à faire prospérer leur foi person-nelle sans accorder la moindre importance aux critiques des déistes et des athées.
Philip Jacob Spener (1635-1705)
Philip Jacob Spener était un pasteur luthérien fixé à Francfort en Allemagne. Lorsqu’il découvrit que peu de chrétiens professés dans cette ville vivaient confor-mément à la vérité de l’Évangile, il se mit à prêcher des sermons sur la repentance et le discipulat. De nombreux membres d'église furent convertis pour la première fois en écoutant les messages de Spener sur le Sermon sur la montagne. Bien qu'ils se croyaient être chrétiens, ils n'avaient jamais su ce que c’était la réalité de la nouvelle naissance.
Bientôt, Spener organisa chez lui une réunion d’étude biblique hebdomadaire avec ces nouveaux convertis. Les gens se moquaient de ces réunions, les qualifiant de «rassemblements de pieux», et ils appelaient les assistants «piétistes». Ce fut le début du piétisme.
Spener identifia six domaines nécessitant de réforme. Ces propositions de réformes sont devenues les priorités du mouvement piétiste. Selon la réforme de Spener:
Il faut que les chrétiens fassent un plus grand usage de la Bible.
Il faut faire revivre le «sacerdoce universel des croyants».
Le christianisme devrait être plus qu’une question intellectuelle. La foi chrétienne devrait être visible dans la vie pratique quotidienne.
Il faut que les chrétiens fassent preuve d'amour dans les discussions portant sur les controverses doctrinales.
Il est obligatoire de former les pasteurs à mener une vie sainte, pas seulement à la connaissance académique.
Les sermons que prêchent les pasteurs doivent répondre aux besoins des laïcs.[1]
Comme vous pouvez le constater, nombre des préoccupations de Spener étaient un retour aux principaux thèmes abordés dans le passé par Luther. La volonté des piétistes était donc de ramener le luthéranisme à une réalité spirituelle authentique.
August Hermann Francke (1663-1727)
L’implication de Philip Spener dans la fondation de l’Université de Halle à Berlin s’inscrit dans le cadre de ses efforts de réformation. Cette université fut créée dans le but d’intégrer le piétisme dans la formation des ministres de façon pratique.
En 1691, August Francke fut nommé professeur d'hébreu et de théologie à l'univer-sité de Halle. Francke deviendrait un leader influent du mouvement piétiste qui ne cessa point de promouvoir le message de la conversion personnelle et la vision du discipulat de Philip Spener. Pendant qu’il enseignait à l'Université, il dirigeait en tant que pasteur une église à Halle. Par le biais de son ministère, la ville de Halle devint le bastion du mouvement piétiste.
À l’instar des évangéliques ultérieurs, Francke s’évertua à vivre sa foi de manière pratique. Il fonda une école pour les pauvres, construisit un orphelinat, un hôpital, des maisons pour les veuves et mit sur pied une société biblique dont la mission première consistait à imprimer les Écritures. En 1705, Bartholomäus Ziegenbalg, l'un des disciples de Francke, devint le premier missionnaire protestant en Inde.
L’histoire des Moraves remontent aux frères Bohême qui étaient des disciples de Jan Hus. Sous l’effet de multiples vagues de persécution, les Moraves abandonnè-rent leur terre natale, à savoir Bohême. En 1732, un groupe de moraves demanda la protection du comte Nikolaus Ludwig von Zinzendorf.
Zinzendorf grandit dans une famille de piétistes à Halle sous l'influence directe d'August Francke. Une brillante carrière d’homme d’état l’attendait comme son père, mais il renonça à son poste et se procura d’un vaste domaine qui deviendrait le foyer des Moraves. Peu de temps après, il devint le guide de cette communauté appelée Herrnhut, qui signifie «L’horloge du Seigneur».
Au nombre de dix au départ, ce groupe restreint de réfugiés à Herrnhut passa à plus de 300 en quelques années. Ces croyants s’efforçaient de vivre dans la piété et la simplicité la plus totale. De même que le John Wesley de la prochaine génération suivante et le Dietrich Bonhoeffer du XXe siècle, Zinzendorf mettait l’accent sur l’obligation pour le croyant de vivre manifestement sa sainteté en communauté. « Il ne peut y avoir de christianisme sans communauté.», a-t-il dit. Quelques années plus tard, John Wesley allait faire une déclaration similaire: « Toute sainteté est une sainteté sociale. » Étant membres d’un seul corps, les chrétiens doivent le démon-trer dans leur manière de vivre.
Plusieurs éléments permettaient de singulariser les moraves:
Les Moraves s’inscrivaient dans la logique de l'engagement des piétis-tes pour une véritable conversion du cœur. À l’instar des piétistes, ils priorisaient l'expérience personnelle sur les déclarations de foi.
Les Moraves accordent une grande importance à la prière. Le mercredi 12 mai 1727, ils firent l’expérience d’une manifestation de l'Esprit Saint lors d'une réunion de prière. En août de la même année, ils débutèrent une veillée de prière de vingt-quatre heures qui dura plus d’un siècle. Six mois plus tard, vingt-six jeunes moraves se sont portés volontaires pour le service missionnaire, à une époque où les protestants étaient quasi absents de l’activité mission-naire en terre étrangère.
Lorsque vous aurez à étudier le développement de l’activité missionnaire à l’échelle mondiale à la fin du XVIIIe siècle, rappelez-vous de cette réunion de prière en Moravie qui s'est étendue sur toute cette période. Les missions internationales prirent naissance par la prière.
Les moraves étaient les chrétiens les plus missionnaires du XVIIIe siècle et les commanditaires de certaines des premières missions protestantes.
[1] Mark Noll, Turning Points, (MI: Baker Academic, 2012), 224-225.
[2]Une réunion de prière qui dura un siècle En 1727, la communauté de Herrnhut était en ébullition. Il y avait des conflits sur la doctrine, le style de vie et les personnalités. Cependant, lors d'une réunion de prière le mercredi 12 mai 1727, l'Esprit de Dieu est venu d'une manière puissante. En août de cette année-là, quarante-huit hommes et femmes se sont engagés à une veillée de prière de 24 heures. Pendant les 100 années suivantes, il y avait au moins deux Moraves en prière toutes les heures, 24 heures sur 24. Pendant ces 100 ans :
- Plus de 300 Moraves se sont portés volontaires pour le service missionnaire.
- Le réveil méthodiste s'est répandu en Angleterre et aux États-Unis.
- Le Grand Réveil a ravivé l'église en Amérique.
- William Carey est allé en Inde et a établi le mouvement missionnaire moderne.
Que se passerait-il si l'église d'aujourd'hui s'engageait à prier sincèrement?
[3]“ Je n'ai qu'une passion. C'est lui, rien que lui. -Zinzendorf
La diffusion de l'Evangile - Les Moraves et les missions
En 1731, le comte Zinzendorf assista au sacre du roi Christian VI de Danemark. Il rencontra sur les lieux deux Groenlandais et un esclave d’origine africaine venus des Antilles. Après leur conversion, il apprit de ces hommes qu’ils avaient entendu le nom du Christ pour la première fois et qu’ils aimeraient voir des missionnaires prêcher la Bonne Nouvelle dans leurs pays d'origine. L'année suivante, les Moraves envoyèrent deux hommes en mission aux Îles Vierges.
Ce fut le début du premier assaut missionnaire protestant à grande échelle. Au dix-huitième siècle, les Moraves envoyèrent plus de 300 missionnaires partout dans le monde: la Caraïbes, le Groenland, l'Afrique, Ceylan, l'Algérie et l'Amérique du Sud.
Les Moraves étaient en grande partie issus de la classe ouvrière et marchande. (Les deux premiers missionnaires des îles Vierges étaient Leonard Potter et David Nitschmann, respectivement potier et charpentier.) À l'instar de l'apôtre Paul, les missionnaires moraves étaient des «faiseurs de tentes» qui se soutenaient eux-mêmes. Et une fois sur place, ils transmettaient leurs métiers aux autochtones con-vertis. Les missionnaires moraves contribuèrent à l’amélioration de la condition spi-rituelle et économique de ceux qu’ils servaient.
Au nombre des réalisations missionnaires des moraves, on compte:
1733 - Une mission au Groenland.
1736 - Une mission auprès des Nenets du nord de la Russie.
1738 – Le ministère de George Schmidt auprès des Khoikhoi d’Afrique du Sud.
1740 - Le ministère de David Zeisberger auprès des Creek de la Géorgie.
1771 – La création d’une mission auprès des Esquimaux du Labrador.
Les Moraves croyaient que chaque chrétien était un évangéliste. Ainsi ils ne firent pas de l'évangélisation l’affaire d’un groupe en particulier. Les missionnaires locaux n’étaient point différents des missionnaires travaillant en terre étrangère. Tout croyant morave devait accomplir la Grande Commission. Un historien a déclaré qu’il ne fut point «un élément de surprise» que tant de Moraves se soient rendus dans le champ missionnaire.[1] Selon une estimation empruntée à certaines études, un Morave sur soixante était missionnaire.[2]
Les Moraves payèrent au prix fort leur engagement dans la mission. Neuf des dix-huit premiers missionnaires envoyés à Saint-Thomas moururent en six mois. Soixante-quinze des 160 missionnaires affectés en Guyane moururent de la fièvre tropicale et de l’empoisonnement. Et ces tragédies étaient très récurrentes. Les Moraves ont volontairement sacrifié leur vie pour la cause de l'évangile.
[1] A.C. Thompson, cité par Ralph D. Winter and Steven C. Hawthorne, ed., Perspectives on the World Christian Movement. (CA: William Carey Library, 1999), 275.
[2] Ruth A. Tucker, From Jerusalem to Irian Jaya. (Grand Rapids: Zondervan, 2004), 97-113.
Réponses au rationalisme : le piétisme (suite)
L’héritage du piétisme
Malgré le piétisme était un mouvement typiquement allemand, il a pu influencer le monde entier. Le mouvement exerça une influence majeure à travers John Wesley et George Whitefield sur l’église évangélique. La contribution des piétistes dans le monde chrétien se fit sentir par leur:
Insistance sur la vraie conversion
Retour à la prédication de la Parole comme point central du culte
Insistance sur la spiritualité des laïcs autant que celle des dirigeants
Passion pour les missions
Il se pourrait que la plus grande faiblesse du piétisme fût la priorité accordée à l'émotion au détriment de la raison. Les piétistes ne se sont point opposés à l’émergence du sécularisme ; ils se sont plutôt concentrés sur la foi personnelle, ignorant toutes les mutations de leur environnement. Certains évangéliques ont adopté une attitude similaire par la suite, mais ils n’ont pas réussi à actualiser le message de l'évangile pour le monde dans lequel ils vivaient.
Au mieux, l'insistance des piétistes sur la «religion du cœur» a ses répercutions sur le message de conversion personnelle et d'assurance de John Wesley. Au pire, leur accent exagéré sur l’émotion fit de la compréhension rationnelle de la doctrine et de l’expérience personnelle deux choses distinctes.
Au XIXe siècle, le théologien libéral allemand Schleiermacher soutint la thèse que la religion est un pur sentiment, sans aucun fondement historique ou théologique. Ce courant prit le nom de «théologie romantique». Schleiermacher se servit des argu-ments des piétistes pour assoir son enseignement. Selon la théologie romantique, la religion n'est pas a priori une question d'orthodoxie doctrinale ou de moralité, elle consiste plutôt en un «sentiment» de dépendance à l'égard de Dieu. Selon les théologiens romantiques, peu importe que la mort et la résurrection de Jésus-Christ soient historiquement vraies, ce sont les sentiments engendrés par cette histoire chez le croyant qui comptent. Cet épisode laisse entrevoir le danger résultant de la séparation de la doctrine de l'expérience.
► Vous avez été demandé plus haut de discuter de l'impact des idées du siècle des Lumières sur votre culture. Maintenant, faites valoir votre propre réponse à ces idées. Quels sont les avantages de la réponse piétiste au rationalisme? Quels en sont les faiblesses?
Réponse au rationalisme: le réveil évangélique
Durant le dix-septième siècle, les puritains tentèrent de réformer la société par le biais de la politique. Ils voulaient faire de l’Angleterre ainsi que des colonies améri-caines un «saint Commonwealth». Si les évangéliques du XVIIIe siècle partageaient avec les puritains de nombreuses croyances doctrinales (la dépravation de la nature humaine, la mort expiatoire du Christ, le salut par la grâce), ils ne souscrivaient pas pour autant à l’attachement et la passion du puritain pour la politique ni s’en déta-cher complètement à la manière des piétistes, puisque, en fin de compte, leur visée première était la conversion des perdus. Deux grands réveils contribuèrent à la naissance de l'évangélisme : le Grand Réveil des colonies britanniques de l’Amé-rique et le réveil méthodiste en Angleterre.
Le grand réveil en Amérique
Durant les années 1630, environ 20 000 puritains quittèrent l’Europe pour s’ins-taller définitivement dans la colonie de la baie du Massachusetts. Ces puritains vou-lurent établir un système politique chrétien. Des lois inspirées de la Bible furent adoptées par l’assemblée constituante. Seuls les membres de l'église détenaient le droit de vote.
Mais une génération après, un nombre élevé des résidents de la colonie ne parta-geaient pas la foi de leurs prédécesseurs. En 1662, les églises ont mis en place une «alliance à moitié» autorisant une adhésion partielle à ceux qui ne pouvaient témoigner de leur conversion. Cette loi permettait aux non convertis de prendre part à la vie civile et politique. Mais dès 1691, l'appartenance à une église n'était plus obligatoire pour les électeurs. Désormais, il existait deux sortes de puritains: les «puritains spirituels» qui servaient Dieu fidèlement et les «puritains du monde» qui participaient à la cohésion de la société et le maintien d'ordre civique sans être pour autant un croyant témoignant d'une expérience spirituelle.
En 1720, un ministre réformé néerlandais Theodore J. Frelinghuysen, se mit à prêcher des messages de réveil dans le New Jersey. Le Saint-Esprit ne tarda pas à se manifester dans des églises du New Jersey. Peu de temps après, une école modeste située dans le New Jersey (appelée «Log College» par des universitaires sceptiques) fondée par William Tennent proposa une formation aux prédicateurs engagés pour le réveil.[1] Le réveil se répandit comme une trainée de poudre et toucha les congrégations presbytériennes et baptistes de Virginie et des Carolines.
Des années plus tard, en 1734, le vent du réveil souffla sur la ville de Northampton dans le Massachusetts par le biais de la prédication de Jonathan Edwards. Bien qu’Edwards ne fût pas un orateur extraordinaire, Dieu l’utilisa puissamment pour répandre le réveil dans toute la Nouvelle-Angleterre, notamment après sa série de sermons contre la « somnolence spirituelle» des chrétiens.
John Wesley, juste près son expérience à Aldersgate et durant les mois précédent le début de sa prédication sur le terrain, avait prit le temps de lire le récit de Jonathan Edwards sur le réveil survenu dans la Nouvelle-Angleterre. Ce document (A Faithful Narrative of the Surprising Work of God [Un récit fidèle de l'œuvre admirable de Dieu]) exerça une grande influence sur Wesley. Dès lors, il voulait de tout son être voir une pareille manifestation de la main de Dieu en Angleterre. Le Grand Réveil en Amérique eut un impact direct sur le réveil méthodiste anglais.
En 1739, George Whitefield se rendit en Amérique où ses sermons en plein air furent entendus par des milliers de gens. Il prêcha de la Géorgie dans le sud à New York au nord. Il prêcha aussi dans la ville de Jonathan Edwards à Northampton et inspira ce dernier à apporter le message du réveil à d'autres villes. Dès 1741, le réveil avait embrassé une grande partie de la Nouvelle-Angleterre.
Extraordinaires étaient les conséquences du grand réveil américain. Les églises des colonies connurent une augmentation d’au moins de 30 000 membres entre 1740 et 1742 ; neuf écoles bibliques furent créées pour former des ministres; la frontière fut évangélisée; et les premiers contacts missionnaires avec les Amérindiens jetè-rent les bases des missions du dix-neuvième siècle.
Le renouveau méthodiste en Angleterre
L’Église d’Angleterre du XVIIIe siècle avait grandement besoin d’un réveil spirituel. Sur le plan politique, elle avait repris le pouvoir aux Puritains, et imposait aux autres églises (baptistes, congrégationalistes et presbytériennes) l’obligation d'un permis de fonctionnement. Par ailleurs, seuls les anglicans pouvaient occuper des postes politiques. Du point de vue politique, l'Église d'Angleterre était forte et puissante, mais spirituellement elle était vide et stérile.[2]
Toutefois, deux groupes, l’un calviniste et l’autre arminien, divisaient l’Église angli-cane. L'aile calviniste envisageait qu’il n’était pas nécessaire de prêcher l'évangile hors des murs de l'église puisque Dieu avait souverainement élu ceux qui seraient sauvés. L'aile arminienne avait déformé la doctrine d'Arminius en un pélagianisme enseignant le salut par les bonnes œuvres et la responsabilité morale.
Par ailleurs, la philosophie déiste exerça une telle influence sur l'église que l’on ne prêchait presque plus le vrai évangile dans la plupart des assemblées anglicanes. Les «latitudinaires» insistaient sur la bienséance et les bonnes manières sans pro-mouvoir la transformation du cœur. Ils dénonçaient l’«enthousiasme», terme qu’ils employaient pour désigner la manifestation de toute forme d’émotion dans le culte ou durant la prédication.
Le fait que les Wesley avaient grandi au sein de l'Église anglicane, fréquenté l’uni-versité d’Oxford et reçu l’ordination dans cette même église, ne les empêcha tou-tefois de prêcher différemment après qu’ils eurent obtenu l'assurance de leur foi en 1738. John, Charles et George Whitefield, un autre membre du Holy Club à Oxford, se mirent à aborder dans leurs prédications des sujets tels que la justification par la foi et l'assurance du salut.
En 1739, Whitefield se lança dans la prédication en plein air dans les mines situées près de Bristol. Il convainquit John Wesley de l’accompagner dans ce ministère. Wesley, dont la conviction lui faisait croire au début que la prédication ne devrait être délivrée que dans les murs d’un temple consacré, fut subjugué par la réaction des mineurs de charbon qui fréquentaient rarement l’église. Dès lors, John Wesley consacra le reste de sa vie à prêcher dans toute la Grande Bretagne. Il parcourut environ 402 336 Km à dos de cheval et prêcha 40 000 sermons (plus de deux fois par jour pendant cinquante ans).
Les frères Wesley n’envisageaient pas de se séparer de l'Église anglicane. Mais les membres de la classe inférieure qui furent convertis par le biais de leur ministère remarquèrent qu'ils n'étaient pas les bienvenus dans les églises anglicanes locales. En conséquence, ils adoptèrent les associations méthodistes comme leur principal foyer spirituel.
Le nombre croissant de nouveaux convertis fit sentir le besoin de leaders spirituels pour les associations méthodistes. Pour palier à ce problème, John Wesley nomma des «prédicateurs laïcs» à la tête des associations. En 1744 (cinq ans seulement après le début du réveil), Wesley jugea nécessaire d’organiser une conférence annuelle devant orienter l’évolution du mouvement. Comme le mouvement piétiste au sein de l'Église luthérienne allemande, les méthodistes sont devenus une «église au sein de l'Église anglicane».
La rupture des méthodistes britanniques avec l'église anglicane fut accélérée par la croissance du méthodisme en Amérique. Lors de la conférence annuelle de 1771, Wesley partagea à l’assistance son désir de trouver des volontaires pour un minis-tère dans les colonies britanniques d’Amérique. Francis Asbury, un prédicateur méthodiste âgé de 26 ans, se porta volontaire. À son arrivée à Philadelphie, il y avait 600 méthodistes en Amérique. Étant donné que les évêques anglais refusaient d'ordonner des ministres pour les églises américaines, Wesley nomma Thomas Coke «surintendant» des méthodistes américains en 1784. Avec cet acte de rupture, l'Église méthodiste en Amérique devint une nouvelle dénomination.
La croissance de l'église méthodiste américaine fut à l’origine de la rupture finale avec l'Église anglicane. En 1795, quatre ans après la mort de John Wesley, l'église méthodiste wesleyenne se sépara définitivement de l'Église d'Angleterre.
À la mort de Wesley en 1791, l’Église méthodiste comptait 79 000 membres en Angleterre et 40 000 en Amérique du Nord. En 1816, à la mort d’Asbury, pasteur méthodiste ayant ordonné en quarante-cinq ans 4 000 ministres, l’Église métho-diste américaine comptait déjà 200 000 membres. À présent, environ quatre-vingt millions de chrétiens se déclarent dépositaires de l’héritage théologique du mouve-ment méthodiste.
… Du passé à aujourd’hui…
►La pratique de la prédication sur le terrain adoptée par les Wesley était motivée par leur passion pour l'évangélisation des perdus. Ils fondaient également les asso-ciations méthodistes parce qu’ils étaient convaincus de l’impossibilité de retenir les âmes converties au cours de l’œuvre missionnaire sans une solide formation au discipulat. Faites une évaluation de votre ministère actuel. Tenez-vous compte de ces deux aspects dans votre ministère? À savoir, est-ce que vous gagnez des âmes perdues pour Christ et vous vous engagez en même temps dans la formation des nouveaux croyants et les amener à maturité? Si l'un de ces domaines est négligé dans votre ministère, précisez ce que vous allez faire pour y remédier.
[1] "Log College" est devenu plus tard l'Université de Princeton.
[2] Les termes ‘Église d'Angleterre’ et ‘Église anglicane’ désignent tous deux l'église d'État de l'Angleterre.
[3] "Je considère le monde entier comme ma paroisse."
- Jean Wesley
Personnalités chrétiennes à connaître John et Charles Wesley
Wesley étaient les fils du couple Samuel et Susanne Wesley. Samuel était ministre anglican et sa femme Susanne allait par sa dévotion exercer une influence spirituelle déterminante sur leurs dix enfants qui survécurent à une tragédie dans la petite enfance.
Les frères Wesley firent leurs études à Oxford. Pendant qu’ils y étudiaient, ils fon-dèrent un groupe promouvant la vie de disciple pour les jeunes hommes en quête de spiritualité. Compte tenu du caractère austère et «méthodique» de leur quête de discipline spirituelle, ils furent surnommés le «club saint» ou les «méthodistes».
En 1735, John et Charles traversèrent l'Atlantique pour une tournée d’évangéli-sation en Géorgie, une nouvelle colonie britannique en Amérique. Cette mission fut un échec pour les deux frères. Charles dont la réticence de participer au voyage était évidente rentra au pays peu de temps après. John s’attira les critiques de ses confrères lorsqu'il fit valoir sa volonté de suivre les pratiques liturgiques anglicanes en vigueur dans la colonie et rentra en Angleterre en 1737.
Durant son voyage pour la Géorgie, John Wesley avait rencontré un groupe de moraves de Herrnhut. Ces moraves psalmodiaient des cantiques en toute sérénité au sein d’une violente tempête. Lorsque Wesley les interrogea sur le secret de leur quiétude d’esprit, les moraves lui répondirent que la mort ne les effrayait point puisqu’ils avaient l’assurance du salut. De retour en Angleterre, Wesley se lança à la poursuite d’une telle assurance dont il avait été témoin chez les moraves. Car, comme pour la plupart des anglicans au XVIIIe siècle, les Wesley croyaient que personne ne pouvait avoir l’assurance du salut avant sa mort.
Une fois à Londres, les frères Wesley rentrèrent en contact à Peter Bohler, un morave. Bohler les a appris que la justification par la foi n’est pas uniquement une question de doctrine, mais elle affecte l’intégralité de l'expérience personnelle du croyant. Le dimanche de la Pentecôte de l’an 1738, Charles obtint l’assurance du salut par la foi. Trois jours plus tard, dans une chapelle de la rue Aldersgate, John « sentit son cœur saisi d’une manière étrange.» «J’eus la conviction, déclara-t-il, qu'il avait enlevé mes péchés, même les miens, et m'a sauvé de la loi du péché et de la mort.»
Durant les cinquante prochaines années, les frères Wesley prêchèrent l'évangile dans toute la Grande Bretagne. Lorsque les portes des églises anglicanes leur furent fermées, ils suivirent l'exemple de leur collègue George Whitfield et prêchèrent en plein air.
Philip Watson résume le message du réveil méthodiste par quatre affirmations:[3]
(1) Tous les hommes ont besoin d’être sauvés – Péché originel. Les anglicans du dix-huitième siècle pensaient que l'homme était fondamentalement bon. Mais les Wesley enseignaient que «tous ont péché» et sont condamnés devant un Dieu saint. Ce mes-sage choqua la société anglicane plus ou moins distinguée. Après avoir entendu un ser-mon méthodiste, la duchesse de Buckingham lâcha cette plainte: «Il est monstrueux de se faire dire que vous avez un cœur aussi pécheur que les misérables qui rampent sur la terre.»
(2) Tous les hommes peuvent être sauvés - Expiation illimitée. En réponse aux calvi-nistes qui enseignaient le salut des élus seuls, l’enseignement des Wesley soutenait que «quiconque croit aura la vie éternelle».
(3)Tous les hommes peuvent savoir s'ils sont sauvés – Assurance du salut. Les anglicans du dix-huitième siècle croyaient que peu de gens avaient la certitude du salut. L’aspect le plus surprenant du message wesleyen était sans doute la nouvelle qu’un chrétien peut savoir qu’il entretient une juste relation avec Dieu.
(4) Tous les hommes peuvent être sauvés en étant parfaits comme le Père céleste - la perfection chrétienne. Contrairement à l’hypothèse selon laquelle on ne pourra jamais atteindre le niveau de sainteté à laquelle Dieu nous a appelés dans cette vie, John a soutenu que les commandements de Dieu sont des promesses implicites. Le Dieu qui nous appelle à la sanctification nous sanctifiera.
Ces quatre affirmations constituaient le cœur du message wesleyen. À mesure que ce message se répandait en Angleterre, des milliers de personnes s'étaient converties et la société anglaise subissait une transformation fort appréciable. Ce message reposait sur la grâce de Dieu plutôt que sur la réussite humaine, mais il reconnaissait la respon-sabilité de l'homme de répondre avec foi à l'appel de Dieu.
John était très bon organisateur. Ses «sociétés» ont été déterminantes dans la formation des disciples. Tandis que Charles était le poète. Il composa plus de 6000 hymnes. Ces hymnes répandaient le message méthodiste bien au-delà des sociétés méthodistes. Les chrétiens de nombreuses dénominations ont pu entonner le mes-sage de l’assurance du salut et de la possibilité d’avoir un cœur purifié prêché par John Wesley.
Le message selon lequel tous les hommes ont besoin le salut, ils peuvent être sau-vés, savoir s'ils sont sauvés et être sauvés en étant parfaits comme le Père céleste est encore un puissant message de réveil au XXIe siècle.
[1] Image : "Bildnis des John Wesley", de John Greenwood, extraite de la bibliothèque de l'université de Leipzig https://www.flickr.com/photos/ubleipzig/17059576182/, domaine public.
[2] Image : "Charles Wesley", Llyfrgell Genedlaethol Cymru - La Bibliothèque nationale du Pays de Galles, extraite de https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_Wesley_(5349088).jpg, domaine public.
[3] Watson, Philip S., Anatomy of a Conversion: The Message and Mission of John and Charles Wesley (Grand Rapids: Zondervan, 1990).
[4]« Et se pourrait-il que je gagne Un intérêt pour le sang du Sauveur ? Est-il mort pour moi, qui a causé sa douleur? Pour moi, qui l'a poursuivi à mort ? Amour incroyable! Comment peut-il être Que toi, mon Dieu, tu meures pour moi ?
- Charles Wesley
Réponses au rationalisme : le renouveau évangélique (suite)
Leçons à tirer des réveils survenus en Angleterre et en Amérique
Il nous est possible de tirer du Grand Réveil d’Amérique et du réveil méthodiste anglais de précieux enseignements susceptibles de nous encourager alors que nous désirons voir la manifestation d’un réveil au XXIe siècle.
En premier lieu, ces réveils montrent que Dieu travaille de manières très différentes et par le biais de personnes très différentes pour accomplir ses desseins. George Whitefield était un orateur très éloquent qui pouvait prêcher sans amplificateur devant 30 000 personnes. Très talentueux, il tenait le public en haleine.
Jonathan Edwards n’avait pas en revanche le talent d’orateur. Il délivrait ses ser-mons en lisant maladroitement un manuscrit. Même lorsque ses sermons débor-daient de vie sur le papier, il les dramatisait rarement lorsqu’il prêchait. Pourtant, Dieu se servit de ces deux évangélistes pour susciter le réveil.
John et Charles Wesley étaient des gens cultivés formés à l'Université d'Oxford. Par contre, les diplômés du «Log College» de William Tennent avaient peu de formation académique formelle. Dieu les utilisa tous dans son œuvre de réveil. Dieu exécute ses plans utilisant quiconque se soumettant pleinement à sa volonté.
Deuxièmement, ces réveils soulignent le pouvoir de la prière. Nous avons parlé de l'impact de la prière sur les missions moraves. Ce même impact se voit dans les réveils en Angleterre et en Amérique. Whitefield, Edwards et les Wesley étaient des hommes de prière qui cherchaient Dieu avec ferveur avant de monter la chaire. Le réveil fut le résultat d’une réponse à la prière fervente.
Troisièmement, ces réveils laissent entrevoir l’impact durable d’un véritable réveil. La Révolution française a été le point culminant de l'ère du rationalisme. Comme nous l'avons vu précédemment dans cette leçon, la Révolution française a été un bain de sang causant la mort des milliers de personnes perpétré par des dirigeants impies au nom de la «liberté». En fin de compte, la Révolution française déboucha sur le régime dictatorial de Napoléon.
La Révolution américaine, survenue vingt-cinq ans après le Grand Réveil, emprunta une voie complètement différente de la Révolution française. Les leaders de la révolution américaine étaient des hommes profondément croyants ou du moins qui avaient de l’estime pour la foi chrétienne. Comme résultat, la révolution américaine accoucha une constitution garantissant à tous les citoyens la liberté de pratiquer librement son culte sans aucune interférence de la part du gouvernement.
L'Amérique et l'Angleterre ont pu éviter les horreurs de la Révolution française. De nombreux historiens attribuent ce fait au Grand réveil et au réveil méthodiste. Il se pourrait que ces pays fussent épargnés des atrocités commis durant la Révolution française en raison du remarquable œuvre divine au milieu du XVIIIe siècle.
Conclusion: l'histoire de l'Église parle aujourd'hui
Au cours de cette leçon, vous auriez bien pu tenir une telle pensée: «Cette situation là ne ressemble-t-elle pas à ce que l’on vit aujourd'hui»? Les XVIIe et XVIIIe siècles ont beaucoup en commun avec le XXIe siècle. Comme en France au XVIIIe siècle, les «intellectuels» du XXIe siècle nient la véracité des Écritures, prétendant que la Bible n’est pas digne de confiance. Cependant, tout comme Dieu a accompli son œuvre par le biais des Moraves, des méthodistes et d'autres croyants pour produire le réveil au XVIIIe siècle, il peut en faire autant de nos jours.
Comme au XVIIIe siècle, certains chrétiens actuels se retirent du monde et s’effor-cent de séparer leur foi chrétienne personnelle de la vie quotidienne du monde «séculier». L'exemple des premiers méthodistes en témoigne le contraire; ils ont choisi d'être le sel et la lumière du monde. Et lorsqu’ils ont confronté leur monde à l'évangile, la société britannique a été changée. En confrontant notre monde avec l'évangile, Dieu peut changer notre société. Je vous encourage à faire plus que de vous retirer du monde. Soyez la lumière. Soyez du sel. Soyez un agent de change-ment dans le monde. En d'autres termes, soyez un disciple.
Leçon 3 Événements clés de l'histoire de l'Église
Date (A.D.)
Événement
1648
Le traité de Westphalie met fin à la guerre de Trente Ans.
1720s-1740s
Grand Réveil dans les colonies américaines.
1733
Début du mouvement missionnaire morave.
1738
Début du renouveau méthodiste en Angleterre.
1784
La Conférence méthodiste est formée.
1789
Début de la Révolution française.
Leçon 3 Personnes clés dans l'histoire de l'Église
Asbury, Francis (1745-1816) : évêque méthodiste envoyé en Amérique par John Wesley en 1771. Après 1784, lui et Thomas Coke sont devenus surintendants conjoints de l'Église méthodiste en Amérique.
Edwards, Jonathan (1703-1758) : théologien américain et leader du Grand Réveil. Il est considéré comme le plus grand théologien américain.
Spener, Philip Jacob (1635-1705) : luthérien allemand dont le livre, Pia Desideria, est devenu le fondement du mouvement piétiste. Fonde l'Université de Halle en 1694 en tant que centre de piétisme et de formation missionnaire.
Wesley, Charles (1707-1788) : auteur d'hymnes anglais prolifique (plus de 6000 hymnes), y compris des favoris tels que "And Can It Be" et "Hark, the Herald Angels Sing".
Wesley, John (1703-1791) : fondateur du mouvement méthodiste et leader du renouveau évangélique anglais.
Whitefield, George (1714-1770) : évangéliste méthodiste calviniste anglais dont les réveils ont apporté un renouveau spirituel en Amérique et en Angleterre.
Zinzendorf, comte Nicolaus Ludwig von (1700-1760) : Chef des Moraves à Herrnhut. Il était préoccupé par une véritable religion du cœur et était influent dans le mouvement missionnaire mondial.
Devoirs de la leçon 3
(1) Que l’étudiant(e) passe un test sur cette leçon. Lequel test doit inclure des dates de la chronologie des «Événements clés de l’histoire de l’Église» (1648-1789).
(2) Application biographique: Précisez deux leçons spécifiques que nous pouvons tirer de la vie de ces dirigeants d’église. Vous pouvez partager cette information lors de la prochaine rencontre.
John Wesley
Jonathan Edwards
George Whitefield
Leçon 3 Question du test
(1) La période de 1684 à 1789 peut être appelée l'âge du rationalisme ou le ___________________.
(2) ___________ suppose que Dieu a créé le monde et l'a ensuite laissé fonctionner seul.
(3) Le chef de fil des déistes français s’appelait ____________________.
(4) L’échec de l’âge du rationalisme se voit dans _____________________ en 1789.
(5) Le mouvement ___________________ au sein du luthéranisme allemand était une réponse à l'orthodoxie vide de l'église luthérienne officielle.
(6) Le comte ________________ était le chef des Moraves au dix-huitième siècle.
(7) Les Latitudinaires de l'Église d'Angleterre ont mis l'accent sur le ______________ approprié et se sont opposés à «l'enthousiasme» ou à l'émotion dans le culte et la prédication.
(8) Les trois dirigeants du réveil évangélique anglais étaient John et Charles Wesley et leur ami, __________________________.
(9) Les quatre affirmations qui résument le message du réveil méthodiste sont les suivantes:
(10) Le leader du Grand Réveil survenu dans la ville de Northampton dans le Massachusetts s’appelait ___________________.
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